APRÈS
J'ai mis un coup de poing dans le mur et j'ai mal à la main
Votre main a perdu contre un mur. Les jointures gonflent, ou elles gonflent demain matin, et la chaleur qui les a envoyées là est déjà retombée. Vous lisez ceci avec l'autre main.
Avant tout le reste, et sans détour. Si une personne a été visée avant le mur, si quelqu'un chez vous a peur de vous, ou si vous faire mal faisait partie du geste, ça passe avant cette page et avant toute mécanique. Et si c'est vous qui avez peur dans cette maison, ces numéros sont aussi pour vous.
En France : le 3114, numéro national de prévention du suicide. Jour et nuit, tous les jours, et ce sont des infirmiers et des psychologues qui répondent.
Au Québec : 1 866 APPELLE, c'est-à-dire le 1 866 277-3553. Jour et nuit, partout au Québec, et l'appel reste confidentiel.
En Belgique : le 0800 32 123, Centre de Prévention du Suicide. Jour et nuit, et vous n'avez pas à donner votre nom.
En Suisse : le 143, La Main Tendue. Jour et nuit, sans donner votre nom. L'appel vous coûte la taxe de base de votre opérateur, rien de plus.
Le 112 en Europe, le 911 au Canada. Ailleurs, le numéro d'urgence de votre pays. Vous n'avez pas besoin d'avoir la certitude que ça compte.
Rien sur cette page ne vous dit quel genre de personne frappe les murs. C'est un verdict, et ceci est un relevé. Ce qu'il y a ici, c'est quoi faire dans les dix prochaines minutes, puis, seulement si vous le voulez, ce que la main est en train de vous dire.
Les dix prochaines minutes
La première partie, c'est la main. Pas le mur, pas l'explication, pas la question de ce que ça dit de vous. La main d'abord.
[TÂCHE DE TERRAIN]
Regardez la main. Si elle gonfle vite, si vous ne pouvez pas fermer le poing, ou si elle vous paraît déformée, consultez ce soir. Une main vaut une soirée dans une salle d'attente.
Si elle est douloureuse et gonflée mais qu'elle bouge, mettez du froid dessus, dans un linge, et gardez-la en hauteur. Regardez-la encore demain matin. Si c'est pire, consultez à ce moment-là.
Ensuite, asseyez-vous ailleurs que dans la pièce du mur. Buvez de l'eau. La chaleur est partie et le corps derrière elle est fatigué.
Ne rebouchez pas le trou ce soir. Ne cachez pas la main ce soir. Les deux attendent que vous ayez dormi.
C'est tout. La réparation du mur, la phrase pour qui pose la question, et la question du pourquoi, tout ça est pour demain.
Ce que la main est en train de vous dire
Le mur n'était pas la cible. La chaleur avait besoin d'aller quelque part, et le mur était la chose qui ne pouvait ni rendre le coup ni partir. Une partie de la séquence a quand même choisi ça. Gardez ce fait. Ne vous en servez pas comme défense, et ne le jetez pas non plus.
Votre main est le premier endroit où cette mécanique atterrit sur la personne qui la fait tourner. D'autres soirs, elle atterrit sur d'autres personnes, en mots. Ce soir elle a atterri sur vous, et c'est pour ça que c'est vous qui lisez.
Cacher la main est le deuxième geste de la même mécanique. Le coup, puis l'histoire. Je me suis pris la porte. Je me suis fait ça au travail. L'histoire garde la chaleur hors de vue, et hors de vue est exactement l'endroit où elle continue de tourner.
[RECONNAISSANCE]
Vous avez déjà choisi un mur plutôt qu'une personne, et vous avez pris ça pour de la retenue.
Vous avez déjà inventé une chute ou une porte pour une main qui n'avait rencontré ni l'une ni l'autre.
Vous avez déjà regardé le trou le lendemain sans vous souvenir du moment exact où la main s'est fermée.
Ce qui s'est passé avant que la main se ferme
La chaleur est arrivée en premier. Elle est montée dans la poitrine et descendue dans les bras, la mâchoire s'est serrée, et le poing était fermé avant qu'une seule pensée arrive. Quelques secondes ont passé entre la première chaleur et le coup. C'est la fenêtre : le court moment où la chaleur est là et la main encore ouverte.
Le signal du corps, c'est ce que vous sentez quand la mécanique démarre. Pour celle-ci, c'est la chaleur, et souvent une tension dans les avant-bras. C'est ça qu'il y a à repérer, pas le coup. Le coup est la fin de la séquence. À ce moment-là il ne reste plus rien à choisir.
[MÉCANISME]
La chaleur monte en premier. Le poing se ferme ensuite. La colère que vous pourriez nommer arrive en dernier, déjà en mouvement.
Attendre de vous sentir en colère pour vous arrêter, c'est attendre quelques secondes de trop.
Le mur ne retire rien à la séquence. Il lui donne une sortie qui ne répond pas, ce qui la rend plus facile à refaire.
Ça ne fait pas du mur la faute de quelqu'un d'autre. Ça vous dit où est le travail. Pas dans le poing. Dans les secondes d'avant, pendant que la main est encore ouverte.
Quoi dire quand quelqu'un pose la question
Quelqu'un pose la question sur la main, ce soir ou demain. Vous pouvez donner une phrase vraie et vous arrêter là. Vous ne devez le dossier entier à personne. Vous devez une phrase qui n'est pas une histoire.
[CADRE DE RÉÉCRITURE]
À volume normal : J'ai frappé le mur. J'étais en colère et ça m'a échappé. Je m'en occupe.
Puis vous vous arrêtez. Pas le récit de ce qui a commencé, pas la liste de ce que l'autre a dit en premier.
Si la personne qui demande est celle avec qui vous vous disputiez, une ligne de plus : Ce n'était pas contre toi. Puis vous laissez la phrase tranquille.
Pas une promesse sur l'avenir. Un plan pour la prochaine fois : quand je sens la chaleur dans les bras, je sors de la pièce avant que ma main se ferme.
Ça se mesure en répétitions. Sortir de la pièce le poing déjà fermé et le mur intact, c'est tard, et ça compte quand même. Sortir la main encore ouverte, c'est le geste vers lequel vous vous entraînez.
Quoi faire de la culpabilité
Une partie de la culpabilité pointe vers quelque chose de vrai. Un poing est entré dans un mur, dans une maison où quelqu'un a peut-être entendu. Gardez cette partie. Elle est exacte, et c'est la raison de travailler sur la chaleur.
L'autre partie dit que vous êtes quelqu'un de violent, ou de dangereux. C'est un verdict, et il n'y a nulle part dans ces archives pour en classer un.
Ne payez pas ce soir avec une punition de plus. La main s'en charge déjà. Mangez quelque chose, gardez la main en hauteur, et dormez. Repasser la scène pendant des heures ne relève pas le seuil de demain. Ça le baisse.
Un sac de frappe est un mur qui ne garde pas de marque. Il donne au coup un endroit où aller. Il n'avance pas le repérage d'une seule seconde, et le repérage est la seule partie qui change la séquence.
Ce que ce soir est réellement
Une entrée. Classée après coup, ce qui est une chose ordinaire qu'un relevé accepte, et non un échec qu'on rouvre.
Il n'y a pas de registre de la honte ici, et nulle part où classer une entrée de culpabilité. La prochaine fois que la chaleur monte dans vos bras est celle qui vous est disponible. La main reste ouverte quelques secondes. Ces secondes sont l'endroit où ça se joue.
La main n'est pas une preuve de ce que vous êtes. C'est le relevé de l'endroit où la chaleur est allée quand elle n'avait nulle part ailleurs.