APRÈS

    Je viens d'y retourner et je le sais

    Vous y retournez et vous le savez. Ce n'est pas une chose que vous avez découverte ce matin, et c'est précisément ce qui rend ce soir difficile : la lucidité n'a rien empêché.

    Avant tout le reste. Cette page décrit un raisonnement. Si quelqu'un vous fait peur, si vous n'êtes pas en sécurité là où vous dormez, cette question passe avant toute mécanique et ces numéros passent avant cette page.

    En France : le 3114, numéro national de prévention du suicide. Jour et nuit, tous les jours, et ce sont des infirmiers et des psychologues qui répondent.

    Au Québec : 1 866 APPELLE, c'est-à-dire le 1 866 277-3553. Jour et nuit, partout au Québec, et l'appel reste confidentiel.

    En Belgique : le 0800 32 123, Centre de Prévention du Suicide. Jour et nuit, et vous n'avez pas à donner votre nom.

    En Suisse : le 143, La Main Tendue. Jour et nuit, sans donner votre nom. L'appel vous coûte la taxe de base de votre opérateur, rien de plus.

    Le 112 en Europe, le 911 au Canada. Ailleurs, le numéro d'urgence de votre pays. Vous n'avez pas besoin d'être certain que ça compte.

    Les dix prochaines minutes

    Vous n'avez aucune décision à prendre ce soir. Ce qui suit est un relevé, pas un choix.

    [TÂCHE DE TERRAIN]

    Notez la date. Rien d'autre pour l'instant, juste la date.

    Notez le poids sur dix, celui que vous sentez à l'idée de demain matin.

    Ne relisez pas les dates précédentes ce soir. Une série se lit à la fin, pas au milieu.

    Ne vous expliquez pas à vous-même pourquoi cette fois est différente. Notez seulement que vous l'avez pensé.

    Et une chose que vous avez le droit de faire : rester. Rester en le sachant n'est pas la même chose que rester sans le savoir, et c'est la seule différence que cette page peut vous offrir aujourd'hui.

    Ce que cette page ne décide pas

    Elle ne vous dit pas de partir et ne vous dit pas de rester. Elle ne juge pas la personne, qu'elle n'a jamais rencontrée, et ne juge pas votre décision, qu'elle n'a pas les éléments pour juger.

    Une page qui déciderait rendrait un verdict sur une situation qu'elle n'a pas vue, à quelqu'un qui est ce soir au moment où il a le moins de force pour lui répondre. Ce qu'elle propose tient dans un relevé, et le relevé est à vous.

    Pourquoi la lucidité n'a rien empêché

    Parce que la traction ne passe pas par le jugement. Un système nerveux entraîné sur certaines conditions émotionnelles les lit comme familières, et le familier arrive dans le corps comme de la reconnaissance plutôt que comme une évaluation.

    C'est pour ça que savoir n'a pas suffi, et pourquoi vous vous en voulez d'avoir su. Le savoir et la traction n'utilisent pas le même circuit, donc l'un n'annule pas l'autre.

    [MÉCANISME]

    La reconnaissance arrive en premier et ressemble à de l'évidence.

    Le calme, lui, n'enregistre rien tant qu'assez de répétitions n'ont pas appris au corps à le lire comme de la sécurité.

    Ce n'est pas une préférence pour ce qui fait mal. C'est une lecture du connu.

    Le relevé, et pourquoi trente jours

    Une usure lente ne produit aucune journée remarquable, donc il n'existe aucun jour évident où poser la question. Une ligne par jour pendant trente jours produit une chose qu'aucune soirée ne peut produire : une direction.

    [CADRE DE RÉÉCRITURE]

    L'ancien geste : décider ce soir, dans l'état où vous êtes ce soir.

    Le nouveau geste : une ligne par jour, la date et le poids, et aucune conclusion avant le trentième.

    Ça se mesure en répétitions. Vous ne décidez rien, vous arrêtez de décider trop vite.

    Le relevé ne prouve rien à lui seul et ne prétend pas le faire. Ce qu'il fait est de rendre lisible quelque chose qui reste, sinon, sous le seuil de ce que vous pouvez remarquer un soir à la fois.

    Aujourd'hui a une date. C'est la première ligne, et c'est tout ce que ce soir demande.