UNE AUTRE PERSONNE

    Pourquoi est-ce que ma mère me crie dessus tout le temps ?

    La voix de votre mère monte encore. Avant l'école, après le travail, pour la vaisselle. Vous l'entendez arriver depuis la pièce d'à côté.

    Avant tout le reste. Des cris tous les jours, c'est lourd. Des coups, des menaces, ou la peur de l'heure qui vient, c'est autre chose, et ça passe avant cette page. Parlez-en à un adulte de confiance hors de la maison, et ces numéros répondent jour et nuit.

    En France : le 3114, numéro national de prévention du suicide. Jour et nuit, tous les jours, et ce sont des infirmiers et des psychologues qui répondent.

    Au Québec : 1 866 APPELLE, c'est-à-dire le 1 866 277-3553. Jour et nuit, partout au Québec, et l'appel reste confidentiel.

    En Belgique : le 0800 32 123, Centre de Prévention du Suicide. Jour et nuit, et vous n'avez pas à donner votre nom.

    En Suisse : le 143, La Main Tendue. Jour et nuit, sans donner votre nom. L'appel vous coûte la taxe de base de votre opérateur, rien de plus.

    Le 112 en Europe, le 911 au Canada. Ailleurs, le numéro d'urgence de votre pays. Vous n'avez pas besoin d'avoir la certitude que ça compte.

    Cette page parle de votre côté de cette maison. Elle ne vous dit pas qui est votre mère. Ce serait un verdict sur quelqu'un qui n'a jamais ouvert de dossier ici. Et décrire une mécanique n'excuse jamais ce qui tombe sur quelqu'un.

    Ce que vous êtes en train de regarder

    Ce n'est pas une mauvaise soirée. C'est presque tous les matins et presque tous les soirs. Le bol laissé sur la table. Les chaussures devant la porte. Le ton que vous avez pris en disant d'accord.

    Certains jours, les cris commencent avant que vous ayez fait quoi que ce soit. Alors vous organisez la journée autour de son humeur. Vous regardez son visage dans la cuisine avant de dire un mot.

    [OBSERVATION DE TERRAIN]

    La taille des cris ne suit pas la taille de ce qui s'est passé.

    Elle suit l'heure, la fatigue, les soucis de la journée.

    Vous lisez la maison avant d'y entrer.

    Vous préparez vos phrases pour qu'aucune ne puisse mal tomber.

    Ce que ces cris de tous les jours peuvent être

    Vu de l'extérieur, ça ressemble à une pression qui ne sort jamais ailleurs. Le travail, l'argent, une maison pleine, un corps fatigué avant même que la journée commence. Une petite chose arrive, et la pression sort dessus.

    Quand c'est tous les jours, la pression ne redescend presque jamais. Une petite chose n'a pas besoin d'être grosse pour faire déborder. Il suffit qu'elle arrive.

    Pourquoi cette pression est là, votre chambre ne permet pas de le lire. Elle est peut-être plus ancienne que vous. Cette page ne devinera pas.

    [MÉCANISME]

    Une chaleur monte dans le corps quelques secondes avant le cri.

    Le cri sort déjà à sa taille finale.

    La raison donnée après porte sur vous. Elle arrive après le cri et l'habille.

    Seule la personne chez qui une mécanique tourne peut la couper.

    Ce que cette page ne fera pas

    Elle ne vous dit pas que votre mère ne vous aime pas. Les deux choses tiennent souvent dans un seul corps en même temps. L'amour n'atteint pas les secondes d'avant le cri, et le vôtre non plus.

    Elle ne vous donne pas de phrase pour la calmer pendant. Une mécanique déjà partie n'écoute pas. Et ce n'est pas à vous, l'enfant de la maison, de tenir l'humeur de l'adulte.

    Le dossier qui décrit cette forme s'appelle La Mécanique de la Colère. Il est écrit à la deuxième personne, pour la personne chez qui elle tourne. Il n'a pas de version à utiliser contre quelqu'un.

    Ce qui est à vous

    Moins que ce que vous voudriez, et plus qu'il n'y paraît depuis votre chambre.

    Vous pouvez ne pas crier en retour. Pas pour être sage, mais parce que deux voix qui montent font une maison plus bruyante et que la vôtre ne la change pas.

    Vous pouvez quitter la pièce quand c'est possible. Une phrase plate suffit : je vais dans ma chambre, je reviens quand ça sera plus calme. Partir n'est pas répondre.

    Vous pouvez en parler à un adulte hors de la maison. Un grand-parent, une tante, quelqu'un de l'école. Raconter n'est pas trahir. C'est poser le poids quelque part où il n'est plus seulement sur vous.

    [TÂCHE DE TERRAIN]

    Pendant deux semaines, une ligne par soir : l'heure, ce qui précédait, ce que votre corps a fait.

    Regardez la colonne de l'heure plutôt que celle des raisons.

    Pourquoi est-ce que ma mère me crie dessus tout le temps ?

    Cette page ne peut pas connaître ses raisons, et elle ne les invente pas. Ce qu'elle peut décrire, c'est une forme : des cris dont la taille suit la fatigue, l'heure et les soucis, et non ce que vous venez de faire. Quand c'est tous les jours, c'est rarement une réponse à vous. C'est une pression qui ne redescend pas, et vous êtes la personne la plus proche quand elle déborde. Être l'endroit où ça tombe n'est pas être l'endroit où ça commence.

    Ce que ça fait à votre corps à vous

    Regardez ce qui se passe en vous quand la voix monte. Un coup dans la poitrine. Le ventre qui se serre. Les épaules qui remontent. Parfois, plus rien ne sort, et vous restez sur place sans pouvoir bouger.

    Ce coup est le signal du corps, le premier signe que votre propre réponse démarre. Il arrive quelques secondes avant que vous fassiez quoi que ce soit. Ce qui suit, c'est votre réponse habituelle : vous excuser pour rien, crier à votre tour, vous figer, ou disparaître dans votre chambre et ne plus rien dire de la soirée.

    [RECONNAISSANCE]

    Vous dites pardon avant de savoir pour quoi.

    Vous écoutez le bruit des clés pour deviner la soirée.

    Vous avez déjà raconté une dispute en la rendant plus petite qu'elle n'était.

    Ces secondes-là sont à vous. Remarquer le coup dans la poitrine, ne pas faire tout de suite ce que vous faites d'habitude, choisir autre chose, même petit : respirer, sortir, ne pas répondre. Et recommencer la fois suivante, jusqu'à ce que ce soit plus facile à atteindre.

    Les questions qui arrivent avec celle-ci

    Pourquoi est-ce que ma mère me crie dessus pour rien ?

    De votre côté, la raison semble absente parce qu'elle n'est souvent pas dans la pièce. La taille des cris suit la fatigue, l'heure et les soucis de sa journée. La petite chose que vous avez faite n'est que la dernière posée.

    Est-ce que c'est de ma faute ?

    C'est un verdict, et cette méthode n'en rend pas. Ce qui peut se dire, c'est que les cris sortent d'une mécanique dans le corps de quelqu'un d'autre. Vous pouvez être l'endroit où ils tombent sans être l'endroit où ils commencent.

    Qu'est-ce que je fais quand elle commence à crier ?

    Ne pas répondre sur le même ton, et quitter la pièce si c'est possible, avec une phrase plate. Une mécanique déjà partie n'écoute pas les arguments. Ce qui peut se dire se dit plus tard, un moment calme.

    Est-ce que je dois crier aussi ?

    Ça soulage pendant quelques secondes et ça rend la maison plus bruyante. Votre voix qui monte ne fait pas baisser la sienne. Ce qui est à vous, c'est ce que votre corps fait juste avant de répondre.

    Et si ma mère me frappe ou si j'ai peur d'elle ?

    Alors cette page n'est pas la priorité. Les numéros en haut de la page répondent jour et nuit, et un adulte de confiance hors de la maison peut vous aider. Une mécanique explique une forme. Elle n'excuse jamais ce qui fait mal.

    À qui je peux en parler ?

    À un adulte de confiance hors de la maison : un grand-parent, un autre membre de la famille, quelqu'un de l'école. Raconter n'est pas trahir. Si vous avez peur, les numéros en haut de la page sont faits pour ça.

    Pourquoi est-ce que je me fige quand elle crie ?

    Parce que le corps choisit avant la pensée. Se figer est une des réponses habituelles quand une voix forte arrive, comme crier ou s'excuser. Ce n'est pas une faiblesse. C'est un signal du corps, et c'est là que quelque chose devient possible pour vous.

    Est-ce qu'elle va arrêter un jour ?

    Personne ici ne peut le dire, et une page qui le promettrait inventerait. Seule la personne chez qui une mécanique tourne peut la couper. Ce qui ne dépend pas d'elle, c'est ce que vous faites de vos propres secondes.

    Est-ce que ça veut dire qu'elle ne m'aime pas ?

    Pas forcément. Une colère qui déborde tous les jours et de l'amour pour son enfant tiennent souvent dans le même corps. Ça ne rend pas les cris moins lourds, et ça ne vous oblige pas à les trouver normaux.

    Pourquoi je m'excuse alors que je n'ai rien fait ?

    Parce que dire pardon est souvent le chemin le plus court pour que le bruit s'arrête. C'est une réponse habituelle, apprise dans cette maison. Elle a son propre dossier, La Boucle des Excuses, écrit pour la personne qui la vit.

    Pourquoi je m'énerve comme ma mère ?

    Une maison apprend ses gestes à ceux qui y vivent. Si vous sentez la même chaleur monter avant de crier, le dossier La Mécanique de la Colère est écrit pour vous, à la deuxième personne. Repérer la chaleur avant le cri, c'est là que ça commence.

    LES ARCHIVES

    Le dossier de quelqu'un d'autre ne s'ouvre pas depuis l'extérieur. Le vôtre, oui. Ce qui existe déjà en français est écrit à la porte.

    Ce qui existe en français